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23-Bernard : fais-tu beaucoup de post traitement ? Et quels sont les outils que tu utilises en ce cas ?

Yvon : en couleur, je ne traite pas beaucoup mes images. Je me limite le plus souvent à la balance des blancs, un recadrage éventuel et un réglage des niveaux et du contraste. Parfois un peu plus si l'image est mal exposée.

En noir et blanc, je travaille un peu plus. D'abord, je cherche à caler chaque couleur avec son rendu optimal en monochrome pour avoir une belle palette de gris. Je fais aussi quelques masquages pour foncer certaines zones ou en éclaircir d'autres. L'idée est de renforcer l'image, de lui donner plus d'impact et de personnalité. Bref, rien de plus que ce que font les tireurs en N&B argentique. Attendons-nous bien, je cherche seulement à exploiter au mieux le potentiel de l'image, je ne la transforme jamais et je ne veux surtout pas la faire mentir. De même, je ne fais pas de « trucages », j'améliore sans « tricher ».

Je précise aussi que la photo a toujours fait l'objet de ce type de traitement et, mis à part l'image purement documentaire, la photographie n'est pas objective. Pas plus d'ailleurs que le photographe qui a choisi le cadrage, l'objectif, l'ouverture et le reste. Autant de choses qui influent sur le rendu finalement très subjectif de l'image.

24-Bernard : tu apprécies et maitrises le noir et blanc, un conseil à donner à ceux qui veulent s’y frotter?

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Yvon : la première chose et ce qu'il ne faut jamais oublier c'est que depuis maintenant bien longtemps, la référence photographique, c'est l'image en couleur. Si l'on choisit de faire du noir et blanc, même pour une seule image, ça veut dire que l'on sort du rang et de la « banalité ». Ceci a pour conséquence l'obligation de proposer une image qui apporte quelque chose de plus face à sa version en couleur.

Ensuite, c'est une erreur de croire que l'on peut « récupérer » une mauvaise photo couleur en la convertissant en noir et blanc. Je ne me souviens pas d'avoir réussi ça une seule fois. En revanche, il est vrai que certaine image passent mieux en noir et blanc et d'autres en couleurs, parfois même elles passent dans les deux versions avec des préférences pour l'une au l'autre selon les sensibilités. Mais, une chose reste vraie, c'est qu'à chaque fois, à la base, la photo est bonne.

 

Dernière chose, pour obtenir un beau tirage (affichage) en noir et blanc, cela demande du travail. Il ne faut surtout pas croire qu'il suffit d'appuyer sur le bouton de conversion des couleurs en monochrome. Il faut étudier la photo, avoir un regard critiquement constructif et imaginer ce qu'elle peut devenir en noir et blanc. Après il faut un processus par étape pour peaufiner le rendu zone par zone, adoucir ici, renforcer là jusqu'à pleine satisfaction. Bref, il faut être exigeant.

 

Une précision pour finir, depuis quelques années la mode est au noir et blanc très sombre et très contrasté. Pour certaines images, ça apporte un côté dramatique plutôt bienvenu. Néanmoins, si j'apprécie certaines photos dans ce style, je garde une nette préférence pour les clichés montrant une belle échelle de gris, des blancs riches en détails et des noirs profonds sans être bouchés. Comme on dit : « Chacun ses goûts ».

 

 

25-Bernard : tu t’es mis à la peinture et à la sculpture, est-ce que ton expérience photo peut enrichir ou être enrichie par ces nouvelles activités artistiques ?

sculpure 0001Yvon : ces disciplines se complètent assez bien puisque les règles esthétiques sont les mêmes qu'il s'agisse du cadrage ou des harmonies colorées. Ensuite, j'utilise parfois la photo pour mémoriser des modèles à dessiner ou peindre plus tard. Quelquefois, quand je « rame » sur un dessin où je ne trouve pas les défauts, la photo et les logiciels sont utiles pour superposer le modèle et le dessin. C'est un bon moyen pour que les défauts sautent aux yeux et ça apprend à bien observer.

Il y a aussi la pratique du labo noir et blanc qui m'apporte beaucoup pour la peinture et le dessin. On retrouve les mêmes principes pour la mise en valeur des sujets en fonçant une zone, en entrant une lumière ici, etc.

26-Bernard : as-tu des souhaits pour ton avenir photographique ?

Yvon : En animalier, j'ai un vieux rêve qui me hante et qu'il faut que je réalise un de ces jours. J'aimerai aller photographier les macareux moines. Je sais, c'est un sujet rabâché, traité 1000 fois avec des images d'exception, mais j'ai envie d'aller voir et photographier ces oiseaux plus que sympathiques.

Ensuite, j'ai surtout envie de faire de la photo plaisir, d'aller un peu partout sans but particulièrement photographique. J'ai envie de me promener, courroie de l'appareil autour du cou et objectifs dans les poches (vive le µ4/3) et déclencher au gré de mes rencontres.

Et puis, si je n'ai pas d'autre solution, il me reste mon jardin, les fleurs, les insectes, la rue...

27-Bernard : as-tu une anecdote photo particulière à nous conter ?

Yvon :  j'ai parlé de la patience nécessaire en photo animalière et aussi de la fatalité. Pour illustrer tout ça, j'ai un bel exemple. Lors de l'un de mes voyages au Kenya, un matin, loin du camp, nous croisons deux guépards dont il était évident qu'ils allaient chasser. Précisons que le guépard qui utilise la course chasse de jour. Nous les suivons, sûrs de bénéficier rapidement d'un spectacle trop rare. Les heures passent et rien. Nos chats se déplacent d'un endroit à l'autre, montent sur des termitières, observent, se couchent, repartent... mais pas de chasse. Midi arrive et un couple d'une autre voiture nous indique qu'il laisse tomber et va manger ? Nous, on reste ! Ils proposent de nous apporter de quoi nous restaurer. Chic ! L'attente continue, nos guépards font des kilomètres, observent la savane et se recouchent toujours rien. Notre déjeuner arrive, on grignote, les guépards bougent et se recouchent. Pendant tout ce temps là, un peu au courant par les téléphones portables nous voyons des voitures arriver, se lasser d'attendre et repartir. Nous, on reste ! Le soir arrive et nos guépards bougent, remontent sur les termitières, se déplacent encore et on y croit. Comme on dit, on n’a jamais été aussi près de cette chasse. La nuit commence à tomber et tout le monde le sait, les guépards, ça court à 100 à l'heure, et donc, ça chasse de jour. Bon, c'est foutu pour ce soir, la mort dans l’âme nous rentrons au camp, car déjà en retard.

guepards crepuscule 0012

 L'autre voiture, celle de nos amis qui ont eu la gentillesse de nous nourrir, arrive bien tard. En rentrant, cet ami me dit : « Yvon, je ne sais pas si je dois te le dire ; à peine étiez-vous partis depuis deux minutes, qu'ils ont chassé ». Alors oui, il faut être patient en photo animalière, il faut aussi être persévérant, mais il faut surtout se méfier de l'obstination, et on a beau être fataliste, il y a des fois où on ferait mieux de rester au camp.

 Cette journée-là, j'ai eu du mal à la digérer. D'autant plus que comme toujours, certains sont arrivés pile-poil et ils ont assisté à cette chasse. Le pire, et j'en suis sûr, ce jour-là je devais faire ma plus belle photo de chasse.

 

 

28-Bernard : Une réponse à une question importante que je n’ai (bêtement) pas posée ?

Yvon : oui, celle-ci :

28 bis Bernard : Yvon, as-tu bien compris qu'il faut faire court pour ne pas lasser le lecteur ?

Yvon : Enfin Bernard, j'ai vu ton effort sur le faible nombre de questions et tu sais bien que je ne suis pas du genre bavard. J'ai fait très bref !

29-Bernard : merci et à bientôt. Sur Wilipi par exemple…

Yvon : C'est moi qui te remercie et promis, je vais faire un effort de présence sur Wilipi. 

Un rayon de soleil perce les nuages et illumine mon cœur à cette perspective, Yvon, merci !

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